Espace professionnel

Octénidine

Fruit de la recherche schülke, l’octénidine, un principe actif innovant, a vu le jour au milieu des années 80.
Son efficacité remarquable et sa tolérance particulière font de l’octénidine un principe actif de premier choix pour les formulations destinées à l’antisepsie des muqueuses, des plaies et de la peau saine ainsi que pour la détersion des plaies et la décolonisation des patients porteurs de bactéries multi résistantes.

FIGURE 1 : Octénidine

octnidine photo_coupelle_octenidine

 

Mécanisme d’action

L’octénidine est un antibactérien cationique qui appartient à la famille des bispyridines. Elle contient deux centres cationiques qui n’interagissent pas entre eux car séparés par une longue chaine aliphatique (10 groupes CH2). Les antiseptiques cationiques se lient facilement aux bactéries, notamment au niveau de la membrane cytoplasmique, chargée négativement. Les études sur l’octénidine ont montré une forte adhérence aux composants lipidiques (les cardiolipines par exemple) qui sont les principaux composants des membranes bactériennes, ce qui explique que l’octénidine ait une efficacité antimicrobienne élevée sans avoir d’impact négatif sur les tissus lésés ou l’épithélium humain. La quantité d’antiseptique liée aux bactéries dépend de la concentration du principe actif dans la solution. Le nombre de bactéries tuées dépend de 3 facteurs principaux :

  • La concentration de l’antiseptique
  • La densité des cellules bactériennes
  • Le temps de contact

L’absorption d’une quantité donnée du composé par les bactéries permet de tuer une fraction précise de la population bactérienne dans un intervalle de temps déterminé.
Les antiseptiques se différencient principalement des antibiotiques par leur pouvoir microbicide général. Souvent le composé pénètre dans la bactérie et provoque une altération majeure mal définie des fonctions cellulaires normales1.

Propriétés de l’octénidine

Contrairement aux ammoniums quaternaires et aux biguanides, l’octénidine ne présente aucune structure amide ou ester. Par conséquent, elle reste stable dans différentes conditions chimiques et physiques et résiste à l’hydrolyse. L’octénidine reste stable à un pH compris entre 1,6 et 12,2, elle n’est pas sensible à la lumière et peut être stérilisée dans une solution aqueuse jusqu’à 130°C sans que son intégrité ou son efficacité ne soient altérées2.

Efficacité antimicrobienne

L’octénidine est efficace à de très faibles concentrations sur les bactéries Gram+, Gram-, les champignons, les levure et quelques virus2.

FIGURE 2 : Spectre d'activité

Spectre_dactivit

FIGURE 3 : Mesure de la concentration minimum inhibitrice (CMI) et de la cinétique d’action lors d’un test qualitatif en suspension

mesure_de_la_CMI

Comparée à d’autres antiseptiques, l’octénidine a une efficacité bactérienne comparable à la PVP iodée à 30 s et 1 min et supérieur à celle de la chlorhexidine à 30 s. Cette efficacité n’est pas altérée en présence de substances interférentes (sang, protéines, mucine…). En effet, avec tous les organismes testés in vitro, l’octénidine a atteint une diminution supérieure à 6 log au bout de 30 s en l’absence de substances interférentes et une diminution supérieure à 5 log après un temps de contact d’une minute en présence de substance interférentes3.

FIGURE 4 : Comparaison des différents antiseptiques

comparaison_des_differents_antiseptiques

 

Tolérance de l’octénidine

Par ailleurs, l’octénidine ne présente pas de toxicité systémique pour une application topique et aux doses usuelles. Elle n’est pas absorbée par la peau et son ingestion n’est toxique qu’à de très fortes doses (800 mg/kg).
Des systèmes de test in vivo n’ont révélé aucune preuve de mutagénicité ou de génotoxicité en ce qui concerne l’octénidine. Cette dernière n’a pas d’effet cancérogène lorsqu’elle est administrée par voie orale ou dermique. De plus, des études sur la toxicité développementale et reproductive chez les rats et les lapins ont révélé que même à des doses bien plus élevées que celles administrées à l’aide d’une préparation contenant de l’octénidine, aucun effet négatif n’est observé sur la reproduction et le développement embryonnaire. Une batterie d’études in vivo sur la tolérance locale a permis de montrer qu’aucun effet irritant n’est noté sur la peau, le vagin et les yeux.

Le calcul d’indice de biocompatibilité4 de l’octénidine est supérieur à 1 (1,8 pour E. coli et 1,51 pour S. aureus) ce qui témoigne de la bonne tolérance in vivo (fig 5).

L’octénidine n’a pas de potentiel sensibilisant. D’autres tests ont été réalisés sur l’octénidine afin de connaître la capacité des bactéries d’y générer des résistances. En effet, il a été démontré que les souches de SARM* avec pompes à résistance multiple codées par le gène qacA présentaient également une meilleure résistance aux composés cationiques tels que la chlorhexidine. Les valeurs de CMI* et le facteur de réduction obtenus après exposition de différentes souches de SARM* à l’octénidine dans le cadre de tests qualitatifs en suspension n’ont pas indiqué de baisse de la sensibilité de ces souches à l’octénidine.
Par conséquent, l’octénidine n’est pas affectée par un mécanisme commun offrant une résistance aux composés cationiques5. Lors de tests en suspension, aucune différence n’a été relevée pour un antiseptique à base d’octénidine en ce qui concerne son efficacité sur S. aureus sensible à la méticilline (SASM) ou sur des souches de SARM6.

* CMI : Concentration minimum inhibitrice
* SARM : Staphylococcus aureus résistant à la méticilline

FIGURE 5 : Test de biocompatibilité

test_de_biocompatibilit

L’octenidine est efficace à de très faibles concentrations. En effet, les concentrations minimales inhibitrices varient entre 0,001 μg/ml pour C. albicans et 4 μg/ml pour P. aeruginosa7. Cet effet bactéricide peut être potentialisé lors d’une association avec le phenoxyéthanol8.

Domaines d’application

Les domaines d’application de l’octénidine sont nombreux :

  • Nettoyage et prévention des infections des plaies : octenilin® solution et octenilin® gel
  • Décolonisation des patients porteurs de bactéries multi résistantes : octenisan®
  • Soins des sites d’insertion de cathéters veineux centraux (CVC)
  • Traitement des infections vaginales
  • Antisepsie de la peau saine, des plaies et des muqueuses

 

Bibliographie :

1 Block SS (ed.) Disinfection, Sterilization and Preservation. Lippincott Williams & Willkins 5th edition 2001
2 Harke HP, Octenidine dihydrochloride, properties of a news antimicrobial active agent. Zbl Hyg 188; 188-93 (1989)
3 Pitten FA, Werner HP, Kramer A, A standardized test to assess the imact of different organic challenges on the antimicrobial activity of antiseptics. J Hosp Inf 55: 108-15 (2003)
4 Muller G et al ; J. Antimicrob Chemother ; 2008 ; 61(5)
5 Goroncy-Bermes P. Investigation on the resistance of MRSA to octenidine dehydrochloride and other cationic compounds. Krh Hyg Inf Verh 21(5): 144-8 (1999)
6 Goroncy-Bermes P. Investigation into the efficacity of disinfectants against MRSA and VRE. Zent bl Hyg Umweltmed 201: 297-309 (1998)
7 Bailey DM et al ; Bispyridinamines: a new class of topical antimicrobial agents as inhibitors of dental plaque ; J Med Chem. ; 1984 Nov ; 27(11):1457-64
8 quantitatives suspensions test, S. aureus